11 août 2014

La topographie pour le survivaliste (3/3)

La troisième et dernière partie de cette série d'articles est consacrée à l'utilisation de la boussole.

Elle contient tout ce que le survivaliste a besoin de savoir pour se localiser et s'orienter sur une carte, en dehors de toute notion inutile ou compliquée.

Là encore, c'est donc le coté pratique et réaliste qui a été visé, sachant qu'un survivaliste n'est pas un artilleur et n'a pas forcément besoin de maîtriser les subtilités de l'azimut magnétique...

Après les généralités sur les cartes, la planimétrie et le nivellement, voici donc pour terminer...



III - LA BOUSSOLE ET L'ORIENTATION


1) L'ORIENTATION SANS BOUSSOLE

A. DE JOUR

Pour trouver le Nord, le plus simple est bien évidemment de s’aider d’une boussole. On peut néanmoins s'orienter de manière approximative si l'on en dispose pas, sachant que :
- Le soleil se lève en gros à l’Est
- A midi solaire (14h heure d’été, 13h heure d’hiver), le soleil est au Sud
- Le soleil se couche à peu près à l’Ouest

En milieu de matinée le soleil est donc plutôt Sud-Est, et en milieu d’après-midi il est plutôt Sud-Ouest. Bien sûr, si le soleil est invisible (brouillard dense ou ciel très couvert), alors on est un survivaliste mal barré...

Pour s'orienter à l'aide d'une montre, il faut être à l'heure solaire, c'est-à-dire à l'heure d'hiver moins une heure en France. Puis ne pas se préoccuper de la grande aiguille. Une fois que la montre est correctement réglée, il faut l'orienter de telle sorte que le soleil soit pointé par la petite aiguille.

Former ensuite un angle avec la position de la petite aiguille (orientée vers le soleil) et la position 12 de la montre. Prendre la bissectrice de cet angle. L'axe nord-sud est ainsi obtenu, le Nord étant à l'opposé de l'angle formé.



B. DE NUIT

La méthode la plus fiable est encore de rechercher l'étoile polaire, qui nous donnera la direction du Nord. Malheureusement, c'est une étoile d'assez faible magnitude et pour peu qu'il y ait une source de lumière parasite, elle peut être difficile à observer. Le plus simple pour la retrouver est de repérer la constellation de la Grande Ourse. C'est assez facile ; il faut ensuite reporter 5 fois vers le haut la distance entre les deux étoiles du bout de la "casserole", et normalement, on tombe exactement sur l'étoile polaire.



2) L'ORIENTATION AVEC BOUSSOLE

Nous avons volontairement laissé tomber les notions d'azimuts magnétique et géographique, de gisement, déclinaison magnétique et autre sachant qu'elles ne sont que d'une utilité réduite pour le domaine qui nous intéresse.

Dans la pratique, un survivaliste sur le terrain par temps de chaos a besoin de connaître deux choses : savoir où il se trouve, et dans quelle direction il doit aller. Pour cela, une simple boussole et une carte devraient suffire, sans avoir à s'encombrer l'esprit outre mesure...


A. LA BOUSSOLE

La boussole à plaquette est la plus connue et la plus utilisée par les militaires et les pratiquants de courses d'orientation. Elle est dotée d’une capsule mobile avec graduations angulaires remplie de liquide pour amortir les rotations de l’aiguille aimantée qui s’y trouve. Cette aiguille à une extrémité rouge qui pointe toujours le nord magnétique. Un bon survivaliste devra en posséder au moins deux exemplaires.


Boussole type Silva

B. LES DIRECTIONS

Définition : une direction quelconque AB est définie par l’angle qu’elle forme avec une direction origine ou direction de référence issue du point A.

Les trois directions de référence que nous allons garder en considération sont :
a/ le nord magnétique (boussole)
b/ le nord de la carte (longitude)
c/ une direction origine quelconque (repère)


C. L'ORIENTATION

a/ Trouver le Nord


Tenir la boussole bien à plat, repère N en face du repère de visée haut (i.e la flèche de direction de la boussole Silva).

L’aiguille s’oriente selon la direction Nord-Sud. La demi-aiguille Nord (rouge généralement) indique donc la direction du Nord (ci-contre).



Pivoter en maintenant la boussole horizontale, jusqu'à ce que son repère Nord (N) soit en face de l’aiguille (figure ci-contre).

Le repère N de la couronne fait face à l’aiguille Nord : la boussole est orientée et l'on fait face au Nord.

Les graduations de la couronne donnent les azimuts, c’est-à-dire l’angle entre le Nord et n’importe quelle direction à partir de sa position actuelle.



b/ Orienter la carte

Sur toutes les cartes, le Nord est en haut et le Sud en bas. Un ligne verticale sur la carte représente donc un axe Nord-Sud sur le terrain.

On part du principe que l'on connait sa position sur la carte. Pour pouvoir mettre en correspondance ce que l'on voit sur le terrain avec ce que l'on voit sur la carte, il faut orienter celle-ci à l’aide la boussole, de telle sorte que le haut de la carte "pointe" vers le Nord. Il suffit de se tourner face au Nord comme indiqué au paragraphe précédent, puis de placer la carte à plat devant soi, le bord haut de la carte étant le plus éloigné de soi.


Durant vos prochaines sorties sur le terrain, il serait bon de pratiquer cet exercice et d'essayez de reconnaître les sommets environnants, les cols, les vallées, les villages, etc. simplement en orientant la carte et en l’observant (courbes de niveau, points caractéristiques).


c/ Trouver un cap (azimut)

Notre position est supposée connue. Nous sommes en un endroit A de la carte, et nous voulons maintenant nous rendre en ligne droite jusqu'à un endroit B marqué sur la carte. Comment faire ?



La première étape consiste à placer le bord de la boussole en parallèle avec l'axe de déplacement, la base de la boussole se trouvant du coté du départ.








Faire pivoter le boîtier tournant de la boussole de manière à ce que les lignes de direction de celui-ci se trouvent parallèles aux lignes du nord de la carte.

ATTENTION : il faut bien prendre garde à ce que le nord du boîtier tournant (pas l’aiguille) soit dans le même sens que le nord de la carte. Sans quoi, c'est le 180° en perspective, ce qui veut dire partir à l’opposé de la direction où l'on veut aller...



La carte n'est plus nécessaire à présent. Il faut mettre parallèles les lignes de direction de la boussole et l’aiguille en prenant garde de bien mettre la partie rouge dans le sens du nord.

Ensuite, il ne reste plus qu’à suivre la direction indiquée par la grande flèche de la boussole (violette sur la photo). L'angle constitué par la direction du Nord et celle de la flèche est le CAP ou l'angle de marche.




En terrain couvert (forêt) et dans le but de limiter les erreurs, on se déplace jusqu'à un élément visible, puis on recommence la procédure autant de fois que nécessaire.




La marge d'erreur est d'environ 10° ; il faut donc constamment corriger sa position en fonction des éléments rencontrés.

La marche à l'azimut est l'un des grands classiques du militaire, qui la fait généralement de nuit car comme vous pouvez vous en douter, c'est encore plus marrant lorsqu'on n'y voit rien. Il est évident que dans un tel contexte elle n'est fiable qu'en terrain ouvert et peu accidenté, ou dans le cas contraire, sur de très courtes distances uniquement...


d/ Trouver sa position

Lorsque le temps est suffisamment dégagé, on peut utiliser pour cela un ou plusieurs points de repère dans le paysage. En se repérant par rapport à un sommet, un col ou un village que l'on connait ou que l'on aperçoit, il est possible de déterminer sa position.

- Avec un seul point connu

Sur le terrain, on relève l’azimut du point de repère choisi. Sur la carte, on place le coté haut de la plaquette sur l’emplacement du point visé. Puis on fait pivoter le cadran de la boussole jusqu'à ce que ses lignes Nord-Sud coïncident avec celles de la carte.

On trace une ligne partant du point de repère le long de la plaquette : on est sur cette ligne.




Bien sûr, on sait que l'on est quelque part sur cette ligne, mais on ignore où exactement ! Pour le savoir, il faut disposer d’au moins une donnée complémentaire : point caractéristique du terrain aux environs, altitude, ou bien un deuxième azimut par rapport à un autre point de repère.

- Avec deux points connus

Si l'on peut repérer dans la paysage deux points connus, on peut répéter l’opération ci-dessus pour les deux points : viser pour trouver l’azimut puis tracer la ligne correspondante sur la carte. Notre position approximative est à la croisée de ces deux lignes. On obtient une précision maximale en choisissant deux points de repère décalés d’environ 90° :




Ainsi se termine cette troisième et dernière partie consacrée à la topographie.

Cette série d'articles vous a présenté les données essentielles qu'un survivaliste digne de ce nom se doit de connaître en prévision du grand jour. Inutile de s'encombrer l'esprit de connaissances complexes qui ne serviront à rien une fois sur le terrain. Vous avez maintenant tous les cartes en main ; à vous de jouer...

6 commentaires:

  1. Avec ce dernier article si on est perdu c'est qu'on est un peu con. Je trouve que cet article clôture avec brio le sujet. Il est vrais que les points de repères sont très déterminant dans l'orientation (visuel et cardinaux), bien expliqué c'est à la porté de tous. Comme quoi si on veut s'en sortir les bonnes connaissance de bases font toutes la différence.
    A cela ont peu ajouter un petit truc de campagnarde que l'ont m'a apprise petite.
    Sur le tronc d'un arbre il y a du lichen (petite mousse verte) et celle ci ne pousse pas sur la partie du tronc orienter nord. Donc cette absence végétal vous donne le nord.
    C'est approximatif mais quand on a rien associé à un ou deux point de repère (si on connait le coin) ça peu suffire pour le pas tourner en rond ou partir à contre sens.

    Merci Pierre comme d'hab bon boulot

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  2. très bon article, comme d'habitude,

    l'azimute inverse par triangulation est très bien expliqué, même mieux que dans les cours militaire. avec ça, je pense qu'on a fait le tour de tous les principes nécessaires à l'orientation, ya plus qu'a s’entraîner.
    mais les militaires utilisent de plus en plus des compas plutôt que des boussoles, plus polyvalente, et surtout plus solide. les boussoles silva deviennent rare, un peu trop obsolète et fragile.

    pour ceux qui veulent se lancer à la topographie, favorisez des boussoles et compas en millièmes plutôt qu'en degrés, car une boussole, en plus de donner le nord et un azimute, peut également donner une distance et même mesurer un objet sur de longues distance avec le fameux calcul FMD (ou "fous moi d'dans" pour les militaires...)

    ce qui sera très simple avec une boussole en millième, et plutôt complexe avec une boussole en degrés.
    Degrés= un cercle devisé par 360
    Milliéme= l'angle sous lequel on vois un mètre à un kilomètre.

    exemple: vous voyez une usine que vous estimez à 100 mètres (études des repères sur le terrain... voiture, espacement des poteaux, etc), sous un angle de 10 millièmes, 100 divisé par 10 = 10km... votre usine sera a 10 kilomètres de vous.

    vous voyez une usine de 100 métres sous 58 degrés.
    (100 x 3.14 x 2)/360 = 1.74 mètres à 100 métres = 1° (1.74 mètres x 58°)=100x100 mètres, = 10 kilomètres... je réfléchis, mais chui même pas sur de mon calcul là...



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    1. Bonjour Pierre,

      Clair, net, précis, tout comme il faut dans l'ordre pour ne pas perdre le nord.

      @ Reinho01,
      peux tu fournir quelques autres exemples permettant de mieux évaluer les longueurs ou hauteur des repères ( ex: un étage d'une habitation fait environ 3m de haut ... etc ...)

      Merci

      Laurent

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    2. Le FMD, c'est un calcul qui permet d'évaluer une distance, un front, ou un millième.
      Le front (ou longueur) sera toujours en mètres
      le millième toujours en millième
      la distance toujours en kilomètre

      pour trouver le front, vous devez multiplier les millièmes trouvés sur une boussole par la distance que vous devez déjà connaitre
      exemple, vous savez que vous êtes à 1km d'une cible, vous avez trouvé 10 millièmes avec votre boussole (ou optique radian) 1x10 = 10métres.

      Pour trouver un millième (aucun intérêt) vous devez diviser le front par la distance

      Pour trouver une distance, se qui vous sera le plus important, vous devez diviser le front, que vous pouvez deviner facilement avec des repères connus, la taille d'une voiture, d'une personne, distance entre deux poteaux téléphonique (50 mètres) etc, par les millièmes.
      Exemple, vous trouvez 5 millièmes sur une voiture que vous estimez mesurer 2.5 mètres, 2.5 divisé par 5 fera 0.5km, donc 500 métres

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    3. Merci Reinho.

      je m'y colle. Le calcul fin d'une distance m'intéresse.

      Laurent

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  3. Merci de ces excellentes informations.

    Vos explications, notamment pour la boussole à plaquette, sont simples et utiles. Au premier abord, on pourrait avoir "peur" d'utiliser une telle boussole, ou du moins mal l'utiliser.

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